A Moustiers, vingt sept artistes contemporains, autour de Picasso, inscrivent sur la faïence la trajectoire d’une création révélée par Pierre Clerissy en 1680, revivifiée par Marcel Provence en 1929 et ranimée depuis dix ans par l’atelier J.M.V. FINE. Là, on laisse libre cours à l’inspiration des artistes de ce dernier quart du vingtième siècle, permettant d’assurer la continuité d’une production qui depuis son origine évite l’écueil de l’artisanat laborieux. Tempesta, Berain, pillement, Callot, Toro, Floris, et bien d'autres témoignages de la lignée impressionnante des plus illustres inspirateurs de Moustiers.

Pourquoi cette faille entre imaginaire et réalité ? Pourquoi avoir inventé cette sous espèce : les arts décoratifs ? Picasso, sorcier, va mettre bon ordre à un tel byzantinisme ; sur l'argile malaxée, il s'empare de nouveaux territoires, retrouvant les dédales millénaires de l'itinérance sacrée.

Au coeur de l'étoile de Moustiers vibre le point magique, le sommet du triangle qui a pour base la ligne Vallauris-Vauvenargues, où repose, comme dit Char, celui dont « le terrible oeil avait cessé d'être solaire.

Picasso a dévisagé Moustiers, a déjeuné plusieurs fois au restaurant du Relais, juste avant ou après le pont, et sur la nappe, une fois, a laissé un dessin, une empreinte. Denys Fine a décidé, vu la relativité du temps et du monde des arts, que cet hôte illustre avait bel et bien fait halte dans l'atelier, amorçant ainsi une aventure qui entraîna nombre d'artistes, séduits par la brillance de cette « super nova ».

Devant cette alchimie inconnue, loin des repères habituels, sur cet espace utilitaire, décoratif, chargé de trois siècles d'entrelacs, de fleurettes ou de grotesques, du moins l'imaginent-t-ils, les artistes s'interrogent, hésitent et puis l'aura, la magie de Picasso balaye les réticences, organise l'oeuvre de chacun et construit cette exposition intitulée: « HOMMAGE A PICASSO ».

L'empreinte obsessionnelle de l'oeuvre de ce génie éclate et vibre, absorbée, digérée, triturée, disséquée, apaisante ou cruelle, par les artistes de cette exposition qui nous révèlent leur personnalité profonde. À travers ce qui pouvait paraître un exercice de style, quelle leçon ! Mais lorsque l'on va à la rencontre d'un mythe, n'est-ce pas pour en sortir grandi, à moins que l'on ne s'y brûle les ailes.

Jean-Claude Caire